« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous tous »

            C’est avec cette salutation extraite de la 2ème lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre dans la seconde lecture que le prêtre commence la célébration de l’Eucharistie. Nos célébrations sont donc clairement trinitaires.

            « Alors vous avez trois dieux ! » m’a dit un jour un ami musulman à qui j’expliquais succinctement à sa demande le déroulement de la messe. Bien sûr que non ! Nous n’avons pas trois dieux, mais un seul et unique Dieu qui est père Fils et Saint Esprit. Connaissant bien ce musulman ouvert au dialogue je me suis permis de l’inviter à entrer avec son intelligence et son cœur dans ce grand Mystère de la Vie de Dieu Unique et Miséricordieux.

 Dieu nous a parlé et parle toujours. Nous avons bien sûr la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, mais nous avons aussi les événements de notre vie. La vie de l’Eglise, les sacrements. Hélas nous ne sommes pas assez attentifs à la manière dont Dieu veut entrer en relation avec nous. « Il est là à la porte et il frappe » !

Prenons une analogie. Pour communiquer avec un sourd et muet il est nécessaire de connaître le langage des signes. Je peux toujours m’égosiller pour entrer en relation avec un sourd, si je lui tourne le dos, il ne pourra pas lire sur mes lèvres et si je ne connais pas ses propres codes il pourra toujours essayer d’utiliser son langage des signes, cela restera pour moi qui ne les ai pas appris, des sémaphores énigmatiques. 

Pour écouter Dieu, il ne faut pas lui tourner le dos et surtout ouvrir nos yeux et nos oreilles. « Ecoute mon fils les paroles d’un tendre Père nous dit saint Benoit dans le prologue de sa Règle, ouvre l’oreille de ton cœur » 

            Dans la Bible, il y a 265 occurrences ou si vous préférez le mot ou le verbe écoute, écouter. Cela doit donc avoir une certaine importance.  En ce dimanche de la Saint Trinité, pour commencer à entrer dans la compréhension du langage utilisé par notre Dieu Père Fils et Esprit, libérons-nous de quelques images un peu désuètes des représentations saint sulpiciennes de Dieu.  Acceptons d’être déranger, bousculer dans nos habitudes de penser, de prier. Et d’abord extirpons de nos têtes l’image d’un Dieu vengeur, guerrier, embusqué derrière quelques cumulonimbus pour fondre sur nous à la moindre traversée de la vie en dehors des clous !

 Ne comparons pas le Père de Jésus Christ à un radar posé sur le bord de nos routes quotidiennes, Dieu n’est pas non plus une caméra de surveillance fixée au-dessus de nos têtes pour regarder nos allées et venues !

Mais attention, Dieu n’est pas non plus un papa gâteau et gâteux !  Il n’est pas un vénérable vieillard barbu assis sur son siège éthéré. Ôtons de notre imagination la représentation d’un Dieu à l’image de l’homme, du mâle dominateur. Dieu n’est pas le vieux machiste derrière lequel certains se retranchent pour dominer l’autre moitié de l’humanité. Réécoutons donc la création de l’Homme au début de la Genèse : « Homme et Femme à l’image de Dieu il les créa ».

Par pitié, ne créons pas Dieu à notre image., C’est nous qui sommes a créés à son image. Cela signifie donc dire que Dieu est à la fois masculin et féminin. Dieu est à la fois Père et Mère. Un Père avec des entrailles de Mère. C’est à ce Dieu là que je croie. C’est à ce Dieu là que je m’adresse dans ma prière. Un Dieu tellement amoureux de sa créature qu’il a, après une longue histoire humaine chaotique, décidé de se faire Homme parmi les hommes. Il a sollicité la participation d’une femme, la très Sainte Vierge Marie. Dont nous clôturons le mois qui lui est consacré par cette belle fête.

La compréhension du mystère de la Trinité commence par l’entrée dans la compréhension du mystère de l’Incarnation. Mais si on fait abstraction de l’Amour de Dieu nous passons à côté de ce qui fait l’essence même de notre Foi chrétienne.

Permettez-mois de faire remarquer que pour éviter de nier l’être humain, il nous faut reconnaître que seul un homme et une femme peuvent concevoir un enfant. L’enfant ne devrait-il pas toujours être le fruit de l’amour ? Un enfant qui sera voulu pour lui-même et non pour satisfaire je ne sais quel plaisir narcissique. « Nous sommes aujourd’hui dans un contexte de désincarnation de la sexualité humaine et de la procréation. Nous finissons par croire de façon délirante que l’on peut fabriquer un enfant dans n’importe quelle condition pour obtenir l’objet qui viendra rassurer le narcissisme et l’égoïsme de l’adulte voire de l’immature. » 

Eglise Saint-Louis - Chambord