« Dieu est amour ! »
Il a déjà été tant et tant dit et écrit sur ce sujet. Que d’homélies sur ce thème, dans nos temples ou nos églises. Que de discours enflammés et lyriques dans les salons ou sur les places publiques. Que de poèmes, que de chansons, que de rimes plus ou moins bonnes, plus ou moins riches et parfois franchement nulles !
Et cependant j’en suis convaincu, cet amour de Dieu, est tellement grand, tellement beau que toutes paroles humaines qui tentent de l’enfermer dans une définition, risquent de le salir, de le dénaturer, de le rapetisser.
Réalisons-nous réellement ce que nous disons quand nous affirmons « Dieu est Amour ? » Oh, bien sûr nous savons conjuguer le verbe aimer, à tous les temps et par tous les temps ! Sur tous les modes et toutes les modes…Je t’aime, je t’ai aimé, je t’aimerai….Et on s’empresse d’ajouter « toujours »….puisque amour rime forcément avec toujours.
Oui, mais j’aime aussi les fleurs et le chocolat, mon chien, mon chat, mon petit frère et mon canari ! Mes parents et mon voisin…Ah ! ce verbe aimer en français comme il est mal approprié quand nous parlons de Dieu. Et aujourd’hui on hésite même plus à dire « je l’adore » puisque nous adorons tout…. Le cinéma, la bonne cuisine, les vacances à la mer, à la montagne, à la campagne…. Qu’est-ce que nous d’adorons pas ? Alors adorer Dieu en plus de l’aimer, pourquoi pas ?
Dieu est à la fois la source et l’aboutissement de toutes nos amours humaines. Comme le fleuve va se jeter dans l’Océan, c’est en Lui que nous allons déverser, à la fin de notre parcours terrestre, les milliards et les milliards de gouttes d’amour reçues et données durant cette vie.
Jésus nous dit ce matin « celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui »
Nous savons fort bien que cela est plus facile à dire qu’à faire ! C’est facile d’aimer les petits palestiniens, les petits cambodgiens, les petits indiens. Ils sont si loin. On les aime tous, on prie pour eux…. Mais !
Aimer les gamins de la cité HLM de ma ville c’est déjà plus compliqué. Ils cassent tout, ils taguent les murs, volent les vélos, mettent le feu aux poubelles. Les aînés font du rodéo en voiture dans les rues de la ville, ils nous narguent, nous insultent, nous provoquent…Et vous parler de les aimer ?
Et oui, justement c’est peut-être eux qui ont le plus besoin d’amour. Parce que Dieu nous aime tous sans faire de différence entre nous. Il nous a créé par amour. Et c’est sur l’amour que nous serons jugés et uniquement sur l’amour, le jour où nous arriverons au terme de notre route.
Mais je ne suis pas naïf. Ce n’est pas aussi simple que cela d’aimer celui ou celle qui vient de vous faire du mal. Il y a des rosseries qui sont parfois difficiles à avaler. Sans le secours de Dieu, sans la grâce, c’est parfois impossible.
Je me souviens d’une de ces grâces que le Seigneur m’a faites, quelque temps après mon ordination diaconale en 1980. J’étais alors inspecteur de Police et j’entendais « un homme peu aimable » Il venait d’en tuer un autre. Une sombre histoire qui pourrait s’intituler : « l’épouse, l’amant et le mari ». Ce dernier devenu assassin par jalousie ne manifestait aucun repentir. Il était même arrogant et provocateur cherchant l’incident. Il voulait me faire sortir de nos gonds. C’est alors qu’intérieurement j’ai fait cette brève prière : « Mais Seigneur comment peux-tu aimer un salaud pareil » Une prière spontanée, qui j’en conviens n’a pas mis les formes académiques pour dire à Dieu mes états d’âme du moment ! Mais Dieu ne s’offusque pas de notre vocabulaire imagé…
C’est peut-être justement ces moments-là qu’Il choisit pour distribuer ses grâces…. Intérieurement j’ai reçu cette réponse : « Mais je l’aime tout comme toi …»
Depuis ce jour, je ne dis pas que c’est plus facile d’aimer mon prochain surtout quand il ne met aucune bonne volonté pour se rendre aimable. Mais je sais que chaque être humain est l’œuvre de Dieu. « Il ne fait pas de différence entre les hommes » Je n’ai donc pas à me comporter autrement que Dieu. Comme la dit sainte Thérèse de l’Enfant Jésus « ma vocation … de chrétien, c’est l’Amour ».
« Aimez-vous les uns les autres » Il ne s’agit pas d’une matière à option pour l’examen final de passage. C’est un commandement. Et, il est nouveau nous dit Jésus. Il doit aller jusqu’au don total. Il a lui-même donné sa vie, pour le bon larron et pour l’autre …pour Pierre et pour Judas. Pour toi comme pour moi… Alors de grâce n’expédions personne au diable.
Aimons, aimons, aimons, c’est la seule devise du chrétien !