“I have a dream” … Oui, j’ai fait un Rêve; j’interwievais Cléophas, l’un des deux disciples qui sur la route entre Jérusalem et Emmaüs avait le cœur tout brûlant lorsque Jésus cheminait entre lui et son compagnon. On ignore le nom de ce compagnon. J’ai posé deux questions qui me trottaient dans la tête. Tout comme elles doivent aussi trotter dans la vôtre je suppose. Voici donc la première :
« Comment se fait-il, que toi et ton ami sur la route, d’Emmaüs, vous n’ayez pas reconnu Jésus avec qui vous aviez vécu durant plusieurs mois ? C’est une énigme pour nous. Explique-moi. »
Il m’a répondu :
« Nous étions tristes vois-tu, celui en qui nous avions mis notre espérance, venait de mourir comme un vulgaire bandit, exécuté par les Romains à qui nos grands prêtres l’avaient livré. Ils disaient que c’était un imposteur qui se faisait passer pour le Messie. En chemin nous nous disions l’un à l’autre que finalement ils avaient peut-être raison puisqu’Il n’avait pas réussi à échapper à la mort. Nous étions tristes presque désespérés.
Pour ajouter à notre accablement nous étions troublés par les propos de quelques femmes de notre groupe. Elles disaient l’avoir vu vivant. Mais cela ne pouvait être à notre avis que radotage et exaltation de femmes surexcitées par les événements dramatiques de cette veille de Sabbat. Alors quand cet inconnu s’est approché pour faire route avec nous, nous avons accepté de bon cœur sa compagnie. Cela nous changerait les idées.
Arrivés à la maison, selon les bons principes de l’hospitalité orientale, nous l’avons retenu pour qu’il se repose et mange avec nous.
Eh bien là, nous avons compris réellement que les femmes avaient raison. Lorsqu’avec nous à la maison il fit le geste de la fraction du pain. Lorsqu’il a dit les paroles de bénédiction, nos yeux se sont ouverts. Et nous avons subitement compris que lorsque l’on traverse la mort, comme il venait de le faire, nos corps mortels quittent la lourdeur de la matière qui les retient englués sur la terre. Ils deviennent, en quelque sorte, transparents pour laisser passer la lumière divine, mille milliards de fois supérieure à la lumière du soleil. En traversant la mort, plus rien ne fait obstacle aux rayons lumineux de l’amour de Dieu. Mais vous avez du mal à réaliser comme nous avons eu du mal à comprendre intellectuellement la résurrection. Il a fallu que nous fassions l’expérience de l’amour de Dieu déversé à flot dans nos cœurs par l’Esprit Saint pour saisir à quel point Dieu est proche de nous. »
Je lui ai ensuite demandé :
« Cléophas explique-moi pourquoi vos cœurs étaient si brûlants, qu’est-ce que cela signifie ? «
Il m’a répondu : « Cet inconnu du soir de Pâques a si bien compris notre état d’esprit, il a été si attentif à notre désarroi, il a si bien trouvé les mots pour nous ouvrir l’esprit que nos cœurs étaient à cet instant des cœurs d’amoureux.
Nous avons fait cette expérience extraordinaire de la puissance de la Parole de Dieu expliquée par Celui qui est tout entier en Elle. L’Ecriture comme nous disons ; la Loi et les Prophètes de l’Ancien Testament nous révèlent l’immense Amour de Dieu. C’est cela qui a rendu nos cœurs brûlants. Il nous a expliqué avec tant de délicatesse, tant d’amour tout ce qui le concernait Lui le Fils de Dieu, que finalement tout s’est éclairé d’un seul coup d’un seul. Nous avons compris jusqu’où Dieu peut aller pour nous montrer son Amour. En devenant homme et en mourant pour nous il ne voulait pas nous éviter d’attraper la varicelle. Il voulait nous donner la Vie éternelle.
Oui nous avons réalisé tout cela au moment même de la fraction du pain. C’est le moment de rendre grâce, de dire merci à Dieu pour le don de sa vie. C’est pourquoi l’Eucharistie est existentielle. C’est là, et uniquement là, que vous pouvez rejoindre tous vos parents, vos amis, tous ceux qui vous ont précédés sur les chemins du ciel. Car dans l’Eucharistie, Jésus les a accueillis.
Jésus se donne à vous, si vous acceptez de le recevoir. Alors je me demande pourquoi vous boudez la messe. Vous prétendez aimer vos parents, vos amis, tous ceux qui vous ont précédés et vous ne les rejoignez pas là où ils se trouvent ! »
Frères et sœurs, Cléophas, vous pouvez tous le rencontrer. Il suffit de méditer l’Evangile que nous venons d’entendre. Il m’a fait comprendre, comme il vous fera comprendre si vous prenez le temps de vous arrêter quelques minutes pour méditer, que nous sommes tous « le compagnon » de Cléophas sur le chemin d’Emmaüs. Ce chemin, c’est notre route quotidienne. Elle nous conduit vers l’éternité où l’horloge du cœur de Dieu n’a pas d’aiguille pour découper le temps en heures, en minutes, en secondes. Dieu est l’Eternel, il est le « Je Suis » du Buisson ardent !
Laissez-le vous brûler le cœur « au carrefour des Écritures » !