En relisant cet extrait de l’Evangile de Matthieu pour préparer l’homélie de ce dimanche, c’est une citation d’une fable bien connue de Jean de La Fontaine qui m’est naturellement venue à l’esprit : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » En effet les pharisiens, en interrogeant Jésus sur un problème politique de l’époque, n’ont d’autre objectif que de le piéger. « Maître, nous le savons, tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu… Donne-nous ton avis : Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? »
Ils se moquent totalement de l’impôt et ils haïssent César mais ils souhaitent une seule chose : piéger Jésus et trouver un moyen facile de le faire condamner par la justice de l’occupant romain.
Nous le savons tous, quand on veut piéger quelqu’un il faut avoir la certitude d’être dans son bon droit et d’avoir en main toutes les cartes. Eh bien là, visiblement l’argumentaire était un peu court… ils ne s’attendaient pas une réponse aussi percutante qui leur cloue le bec ! « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, »
Cette semaine, interrogez votre entourage, vos collègues de bureau, vos amis pour savoir à qui attribuer ce qui est devenu une maxime « rendre à César ce qui est à César » ? Vous allez avoir des surprises…Je l’ai entendue dans la bouche de farouches anticléricaux. Elle est citée par des antis-cathos pour les renvoyer dans les sacristies en leur interdisant toutes réflexions et prises de position sur la vie sociale, politique, économique. Un prêtre, un évêque, selon leur idéologie, n’aurait pas le droit de prendre la parole sur un sujet de société. Ce serait comique, si les conséquences n’en étaient pas dramatiques.
Mais était-ce vraiment là, le propos de Jésus ?
La question posée à Jésus était piégée. On lui tendait un traquenard en espérant bien l’y voir tomber. « Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à César ? » Ce n’est pas une question posée par quelqu’un qui désire s’instruire, comme par exemple le jeune homme qui demandait : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ». Les questionneurs n’attendaient rien des réponses de Jésus, sinon de leur fournir l’occasion de le mettre dans l’embarras.
En les démasquant et mettant en lumière leur hypocrisie, Jésus se met un peu plus à dos ses détracteurs, mais dans le même temps il met en évidence leur duplicité, leur rouerie, leur fourberie. En déjouant la duplicité de ses contradicteurs, il fait plus que de marquer un point contre eux. Il leur donne un enseignement, mais il est de nature toute spirituelle : « De qui est cette image ? Et cette inscription ? » – « De l’empereur César – Rendez donc à César ce qui est à César, mais à Dieu ce qui est à Dieu. »
Sur cette pièce de monnaie présentée à Jésus, on voyait l’image de l’empereur. L’argent, comme le pouvoir politique, est une création de l’homme. Il n’est pas en lui-même un mal. Gagné loyalement comme prix d’un travail, car l’ouvrier mérite son salaire (Luc 10,7), et par la suite bien utilisé, l’argent peut devenir instrument de service et de justice. Si nous en usons sans nous laisser dominer ou asservir par lui, l’argent peut nous aider à aimer. Le pouvoir politique et la gestion financière sont de bons serviteurs, mais deviennent de redoutables tyrans, s’ils sont idolâtrés.
Car seul Dieu est Dieu. L’homme, créé à l’image de Dieu n’appartient ni au politique, ni aux puissances d’argent, ni aux mécanismes économiques. Le Seigneur Jésus nous a pris dans sa mort et sa résurrection pour nous faire participer à la vie de Dieu. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » a écrit Saint Irénée voulant faire prendre conscience que nous sommes : « Le Temple de Dieu » et que ce temple « est sacré », comme nous le dit saint Paul dans la 1ère aux Corinthiens 2,17. L’homme, tout homme, est sacré, parce qu’il est « créé à l’image de Dieu » (Genèse 1, 27). Mais aucun parti politique, même celui qui se revendique religieux, aucun Etat, même inféodé à un mouvement religieux, aucun système économique ou bancaire, même la banque du Vatican… n’ont été créée par Dieu…Seul l’homme a été créé par Dieu : « Dieu créa l’homme à son image »
Jésus nous rappelle donc que César n’est pas tout puissant, et qu’il n’est pas Dieu. Il a eu une fin L’État joue certes un rôle important et nous avons à en être des citoyens loyaux et responsables, mais il ne peut avoir le monopole sur nos vies, sur l’éducation de nos enfants, sur nos modes de pensées et de vie en société. L’état n’a pas à nous dicter une morale autre que celle que nous vivons en conformité avec l’Evangile. L’Etat, contrairement à l’homme, n’est pas sacré. Le message est donc clair : César n’est pas Dieu. Il serait bien que nos hommes politiques de tout bord en aient conscience ! Mais rendre à Dieu ce qui est à Dieu c’est donc aussi prendre ses responsabilités au service de l’homme et de tous les hommes, c’est aussi se salir les mains dans le combat politique, c’est aussi payer honnêtement ses impôts, car c’est un devoir de justice.
Que la Parole de Dieu, écoutée, étudiée et méditée ensemble, inspire notre prière et notre action pour qu’à l’exemple de Jésus, nous soyons attentifs à ceux qui souffrent dans leur corps, leur âme. Que nous soyons attentifs à partager un peu de notre temps, de nos revenus avec les plus pauvres. Soyons artisans de paix et de justice et le monde ne s’en portera que mieux.