« Pour vous qui suis-je ? »

            Frères et sœur, chers amis, ce matin je souhaite que cette question de l’évangile du 21ème dimanche résonne dans votre tête, dans votre cœur et qu’elle vous accompagne toute la journée, toute la semaine ! C’est une question, existentielle. Qui est Jésus pour vous qui êtes là ce matin dans notre belle église de Chambord ?

            Vous savez, il n’y a pas que les chrétiens qui se posent la question de savoir qui est Jésus. Sans faire le tour du monde, dans notre douce France, Jésus n’a jamais laissé indifférent. Soit pour le suivre, le servir, le célébrer, l’adorer, le reconnaître comme le Fils de Dieu, soit pour le nier, le combattre et éliminer toutes traces de son passage sur la terre ! Souvenez-vous par exemple de cet ancien ministre socialiste du président Mitterrand qui disait « la Révolution française n’a pas terminé son travail, il nous faut le poursuivre en éradiquant totalement cette croyance archaïque » !

 Aujourd’hui encore une députée après avoir nié les racines chrétiennes de la France a déclaré que le véritable ennemi de la France c’était le christianisme…

Enfant, j’ai entendu mon grand-père maternel dire que Jésus était certainement le plus grand homme que la terre ait porté car c’était le premier communiste de l’Histoire…A sa manière il donnait une réponse à la question de l’évangile de ce jour.

Comme beaucoup de ses contemporains de la première moitié du 20ème siècle sa foi en Jésus Fils de Dieu et Fils de l’Homme n’avait pas résisté aux coups de boutoirs du laïcisme commencé par la déferlante de haine de la Révolution Française contre, l’Église, les catholiques, les institutions religieuses. Il ne faudrait pas trop vite oublier les assassinats des prêtres, des religieuses, des catholiques qui voulaient rester fidèles au Christ, vivre des sacrements pendant cette période trouble de notre histoire. Il ne faudrait pas oublier non plus le scientisme d’Ernest Renan, ainsi que les lois anticléricales de Jules Ferry, puis celles du petit père Combe qui aboutiront à la séparation de l’Église et de l’état en 1905 avec les spoliations et les exactions que l’on sait. Ne passons pas trop rapidement sous silence ces moments douloureux de notre histoire ! Tout cela ne pouvait que fragiliser une foi mal assurée par un catéchisme mal compris, peut-être mal enseigné en tous les cas mal digérés !

Aller à la messe le dimanche et y être fidèle suppose que Jésus soit quelqu’un d’important pour nous. Cela suppose que nous ayons pris le temps de réfléchir sur cette question qu’il nous pose ce matin : « Pour toi, Gérard, Aline, Jean, Luc, Sabrina, qui suis-je ? »

« Pour les gens, qui suis-je ? » Jésus demande à sa garde rapprochée que sont les Apôtres ce que l’on dit de lui. « Est-ce que mes miracles, mes enseignements, mon annonce de la Bonne nouvelle, ma manière de vivre au milieu de vous a servi à éclairer les esprits et les cœurs ? Et pour vous qui suis-je réellement ? »

Ce matin à notre tour, comme Simon-Pierre nous sommes invités à nous dévoiler ! Cette question concerne tout le monde. Des puissants de ce monde au plus humble, qui reconnaissent-ils en Jésus de Nazareth. ?

 De la réponse que nous donnons dépend notre enracinement dans l’Eglise… Vous noterez que c’est après la réponse de Pierre « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » que Jésus fait de lui le pilier sur lequel il bâtit son Eglise.

Jésus a voulu l’Église. Combien de volumes de théologie ont été écrits pour définir l’Eglise ! A part des spécialistes qui ne sont pas toujours d’accords entre eux qui est intéressé par ces travaux érudits qui garniront les bibliothèques universitaires Je ne nie pas l’importance de ces travaux ils sont nécessaires   Pensons aux chrétiens de diverses confessions, luthériens, les diverses obédiences protestantes, orthodoxes, anglicans. Tous confessent et prêchent Jésus fils de Dieu mais quel exemple pour l’unité de l’Église ? Et nous catholiques examinons-nous avant de nous comparer aux autres…Nous ne sommes pas exempts de reproches. Nous excellons sur le nombre de cierges à mettre sur l’autel pour célébrer la messe ou sur la forme des vêtements liturgiques et je ne sais quel détail mis en avant pour exclure tel ou tel prêtre, religieux ou fidèle baptisé !  Et pendant ce temps-là on occulte l’essentiel.

 Qu’est-ce donc que cette Église que Jésus a voulue et sur laquelle il demande à Pierre de veiller !

Eh bien, Jésus nous pose la vraie question ce matin, ré-écoutons-là : « Pour vous, qui suis-je ? » C’est une question redoutable.

Quand nous demandons : « Jésus, qui es-tu ? » Jésus nous renvoie la question : « Pour toi, qui suis-je ? Pour qui me prends-tu ? » Cette demande nous jette sur les chemins de la rencontre et de la découverte toujours neuve de Celui qui nous invite à le suivre. Ébloui par la clarté de l’Esprit, Simon-Pierre s’écrie, avec une autorité qui vient de plus loin que lui : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ».

Pierre, le marin pécheur, plus habitué aux manœuvres de sa barque sur le lac de Tibériade qu’aux discours philosophiques ou théologiques, se laisse saisir par l’Esprit Saint pour déclarer spontanément la seule réponse que nous sommes invités à méditer pour notre propre gouverne « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ».

 Et Jésus répond à Pierre en faisant appel à trois images bibliques qui s’imbriquent l’une dans l’autre, D’abord « tu es Pierre », Képhas, le Rocher, sur lequel Jésus va pouvoir construire solidement sa Communauté, son « Assemblée convoquée ». Ensuite, il lui donne les clés de son Église.

 Ah, le pouvoir des clés ! On ne confie pas ses clés à n’importe qui, il faut vraiment avoir confiance pour donner ses clés à quelqu’un et lui confier la charge de veiller sur sa maison et tout ce qu’elle contient.

Eglise Saint-Louis - Chambord