« Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? Rien » et je me permets d’ajouter à la lettre de Paul aux Romains « ni personne » Oui rien ni personne ne pourra nous séparer de l’amour du Christ. Le Seigneur Jésus nous aime d’un amour inconditionnel. Et nous, l’aimons-nous ? Nous poursuivons notre méditation sur cette lettre aux Romains qui nous interrogeait déjà dimanche dernier sur notre manière d’aimer le Seigneur.
Chacun, chacune est invité à répondre sincèrement à cette question : « Est-ce que j’aime Dieu, est-ce que j’aime le Seigneur Jésus, est-ce que j’aime l’Esprit Saint, bref est-ce que, comme Elisabeth de la Trinité, cette sainte carmélite contemporaine de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, je peux dire du fond du cœur « Mon Dieu Trinité que j’adore … je vous aime ».
Réalisons-nous qu’être chrétien ce n’est rien d’autre qu’une grande histoire d’amour entre Dieu et nous ? Si notre adhésion à la foi chrétienne n’est que purement spéculative, intellectuelle, il nous faut d’urgence nous convertir !
Notre conversion, n’est pas quelque chose d’acquis une fois pour toute. La conversion, c’est une disposition intérieure qui nous fait rechercher jour après jour celui que notre cœur désire. Du moins je l’espère, puisque vous êtes ici à la messe ! Il y a eu et il y a encore des conversions spectaculaires, Claudel pendant le chant du Magnificat aux vêpres de Noël 1886 derrière le second pilier de Notre Dame à Paris, Charles de Foucauld au pieds de l’abbé Huvelin, André Frossard en entrant dans une chapelle pour tuer le temps en attendant un ami. Un contemporain moins intellectuel, Tim Guenard qui a connu la galère avant de rencontrer le Christ en prison. Et la liste est longue des convertis d’aujourd’hui pour qui il y a encore cette fulgurance qui, il faut bien le reconnaître, nous est pour la plupart étrangère.
Nos conversions à nous sont plus discrètes, moins bouleversantes pour notre entourage, mais tout aussi importantes Elles empruntent le chemin du quotidien où Dieu silencieusement accorde son pas au nôtre.
Le cœur de l’homme est un jardin tout comme celui de la Genèse. Dieu aime quand nous lui en laissons la possibilité venir s’y promener. Il aime y trouver ses délices. Mais, mais…c’est nous qui possédons la clé. Tantôt nous enfermons Dieu à double tour et venons lui rendre visite quand nous avons besoin de Lui, ou bien quand nous n’avons rien de spécial à faire. Tantôt nous le mettons plus ou moins délicatement sur le palier. Il reste à la porte et il frappe. Il est patient. Avouons-le, ce serait dommage que nous ne lui laissions toute la place qu’au moment de notre mort ! Il ne faudrait pas que nous nous entendions à ce moment-là dire : « Il y a si longtemps que je te faisais signe et tu n’as voulu ni voir ni entendre ! Pas un instant je n’ai voulu te perdre. Pas un instant je ne t’ai retiré mon amour. »
Ah l’amour, l’amour nous n’avons que ce mot là à la bouche ! Mais finalement nous ne savons pas très bien ce que c’est. Nous en voyons les effets, nous savons qu’il est indispensable à notre existence et que sans amour on ne peut pas vivre. Mais savons-nous réellement ce que c’est qu’aimer lorsque l’on vote une loi pour mettre fin à la vie d’une personne ? Dieu en venant prendre chair dans le sein de la Vierge Marie nous en donne un exemple inégalable. En devenant homme comme l’un d’entre-nous, Jésus le Fils unique du Père de toutes Miséricordes nous montre jusqu’où peut aller l’amour.
Imaginer un Roi très puissant ayant à sa disposition tout ce que l’on puisse désirer sur cette terre. Bref un Roi vivant dans le luxe et l’opulence. Un jour il tombe follement amoureux d’une petite ouvrière pauvre, chétive, presque illettrée. Croyez-vous qu’il va quitter ces palais, son confort, pour venir habiter dans le petit deux pièces de la cité HLM de banlieue où les services sociaux l’ont hébergé ? Un Roi comme nous le concevons, certainement pas, il l’emmène au Carlton !
Mais notre Dieu n’est pas comme cela. Il vient dans notre pauvreté, j’allais dire dans notre crasse. Rien de ce qui est humain ne le dégoûte et tout ce qui est dans son pouvoir il le fait pour nous apprivoiser et nous montrer qu’Il nous aime d’un Amour que Lui seul peut nous donner. Alors comment, lorsque l’on en a pris conscience, peut-on rester indifférent, de marbre, de glace, le cœur sec et froid ?
Qu’est-ce qui peut bien nous empêcher d’aimer le Christ d’un amour sans partage ? Pour la plupart d’entre-nous qui sommes à la messe ce matin à Chambord, je ne pense pas que ce soit la peur du lendemain, de la précarité, du chômage. Ce n’est pas non plus la peur de l’expulsion, du manque de reconnaissance sociale. Alors qu’est-ce qui pourrait bien nous séparer de l’amour du Christ ?
Rien, si ce n’est nous-mêmes. Nous sommes hélas souvent, le seul et unique obstacle à l’amour que le Christ ne cesse de nous communiquer. Préoccupés par ce que j’appelle les turpitudes du monde, nous nous laissons prendre par mille et une choses qui ne nous seront d’aucune utilité le jour où il nous faudra plier bagages pour entrer dans le Royaume du Père. Nous y entrerons complètement nu « nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai » Notre seule richesse sera l’amour que nous aurons donné sans calcul, sans arrière pensée. L’amour désintéressé.
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