Baptême de Anaée

 Qu’est-ce que l’Évangile peut bien nous dire de nouveau quand on a pris l’habitude d’en lire un ou deux passages chaque jour depuis trente, quarante, cinquante, soixante ans et plus ? Ceux et celles qui en font l’expérience savent bien que c’est une source d’émerveillement. En lisant un passage d’Évangile que l’on connait par cœur on est tenté parfois de se dire : ok ça je sais ! Et puis il y un mot, une phrase que l’on a répété des centaines de fois qui subitement vient percuter votre intelligence, votre cœur, comme si c’était la première fois.  Oh il y a bien des jours d’aridité où on aurait envie de passer son temps à faire autre chose, zapper sur sa télé ou scroller sur son smartphone par exemple.

Eh bien vois-tu Anaée, ce matin en ce quatorzième dimanche ordinaire, j’ai l’intime conviction que le Seigneur Jésus te fait cadeau de trois mots le jour où tu deviens fille de l’Église par le baptême. Trois mots de l’Évangile de ce jour qui sont un programme de vie. Mais en même temps nous sommes tous les heureux bénéficiaires de ce cadeau, nous qui t’accompagnons aujourd’hui comme on le fait sans te le faire obligatoirement remarquer chaque dimanche lorsque tu viens ici à la messe dans cette église saint Louis de Chambord.

 Voici donc ces trois mots : Doux – Humble – Joug !

Qu’est-ce qu’un joug ? Même si je suppose, tu sais ce que c’est, je doute que tu en aies déjà vu un ! Cette pièce de bois taillée pour épouser le cou des bœufs, posé juste derrière la tête, permettait de labourer. Sans être particulièrement lourd, le joug a la caractéristique d’être fait dans un bois léger qui permet d’atteler deux bœufs côte à côte en répartissant la charge également sur l’un et l’autre.

 Jésus a donc choisi cette image du joug pour nous inviter à ne pas rester seul à la traîne à creuser le sillon de notre vie. En demandant à être baptisée Anaée, tu fais intuitivement le choix de ne pas t’épuiser seule pour labourer les terres inconnues de la vie qui s’ouvrent devant toi. Jésus se met à ton côté et s’attelle avec toi. Il ne te laisse pas seule. Il n’abandonne aucun de ceux qui acceptent sa présence à leur côté pour tracer le sillon de leur existence. Quelques-uns qui sont là ce matin pourraient en témoigner.

 Refuser le joug que Jésus nous propose revient purement et simplement à décliner son aide. C’est lui dire dans le meilleur des cas « merci beaucoup, mais je n’ai pas besoin de ton aide, j’y arriverai tout seul » Cela peut aussi pour certains autres vouloir dire « ôte-toi de là ne fait pas obstacle à mes projets » On connaît bien cette soif de toute puissance. Tout cela revient à vouloir se passer de Dieu, de Jésus, à claquer la porte au nez de l’Esprit Saint. C’est un énorme péché d’orgueil. Hélas notre monde étouffe sous l’orgueil ! Et c’est bien pire que la canicule ! Mais de cela pas beaucoup se soucie autant que leur première brassière ! Pourtant cet orgueil ne mène pas à la Vie.

Mais ne désespérons pas, il y a un remède : La douceur et l’humilité.

On ne peut séparer la douceur et l’humilité. Il y a comme cela dans la Bible des couples qu’il faut apprendre à connaître pour en vivre, comme par exemple, « Justice et Paix, Amour et Vérité… etc. » ce sont des fruits de l’Esprit Saint même s’ils ne sont pas catalogués comme tel

Pour un grand nombre de personnes, la douceur serait synonyme de faiblesse. C’est bien la raison pour laquelle cette béatitude que l’on retrouve dans l’évangile de Matthieu n’a pas bonne presse. Or c’est tout le contraire, la douceur refuse la violence quel qu’en soit la forme verbale ou physique. C’est l’exact contraire du spectacle que nous offrent certaines rencontres politiques. Moquer, railler, l’adversaire en le considérant comme un ennemi à éliminer est pour un chrétien même s’il est un élu de la nation contraire à l’Évangile

Mais, balayons donc chacun devant notre porte.  Nous ne sommes pas toujours des modèles de douceur, de patience, d’humilité.  Défendre un point de vue, présenter son opinion en argumentant ne signifie nullement qu’il faille vouloir anéantir l’autre en le moquant, l’humiliant comme cela se passe parfois dans certaines paroisses, certaines assemblées chrétiennes. Quels exemples donnons-nous alors à ceux qui peuvent légitimement nous dire ironiquement « voyez-comme ils s’aiment ! »

Les « doux et humble de cœur » bannissent de leur trousse à outils, les cris, les vociférations, les sarcasmes, les moqueries, les refus d’écoute, les propos intolérants.  Par contre ils restent courtois, gentils, affables. Voilà les exemples que nous voudrions te donner Anaée nous qui te précédons sur le chemin que le Seigneur ouvre maintenant devant toi.

Eglise Saint-Louis - Chambord