Chers frères et sœurs,
Tandis que des grenades en tout genre éclatent dans les rues de nos villes, UN MOT éclate dans
l’Évangile de ce jour. Un verbe : AIMER.
Les paroles de Jésus sont extrêmement claires : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,
de toute ton âme et de tout ton esprit ET tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Ces mots de Jésus en réponse à la question des rabbins pharisiens, sadducéens, hérodiens, n’ont
pour ces derniers rien de nouveau. La prière quotidienne juive, au cœur la vie des croyants, dite trois
fois par jour par les juifs est le Shema Israël : « Écoute Israël, notre Dieu est UN. Tu aimeras l’Éternel
ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tous tes moyens. Que ces commandements soient
gravés dans ton cœur ». Et le Livre du Lévitique, troisième livre de la Torah, cinq siècles avant Jésus
Christ dit « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Ce qui en revanche est totalement nouveau et, d’un coup, pose, déjà, l’une des pierres de fondation
de la foi chrétienne, c’est que Jésus réunit les deux commandements pour n’en faire plus qu’un.
Aux juifs déroutés par leurs 613 commandements prétendant tout régenter dans le quotidien des
jours, et qui évidemment ne sont jamais certains de les avoir tous respectés le moment voulu, Jésus
donne UN commandement qui est à lui seul la clef de discernement pour tous les moments de la vie,
un commandement générique qui permet de vérifier toutes les autres pratiques. Jésus ne supprime
pas les 613 commandements, il donne un critère pour les apprécier, pour les interpréter.
Aux juifs de ce moment-là comme à nous aujourd’hui, Jésus donne une orientation fondamentale du
cœur et de l’action commandée par l’amour de Dieu et des frères. Ensuite, c’est notre liberté qui
intervient.
En joignant « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton
esprit » ET « tu aimeras ton prochain comme toi-même » Jésus créé en quelque sorte un axe vertical :
aimer Dieu qui nous aime, et un axe horizontal aimer les frères. Visualisez et voyez : ces deux axes
essentiels se croisent. Ils disent la Croix.
« Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites » dit Jésus. L’amour
vers Dieu et l’amour vers les frères ne se confondent pas mais s’unissent au centre de la croix : ils
s’unissent en Jésus. Ils s’unissent dans le cœur même de Jésus sur la croix. Lorsque nous
contemplons la croix, lorsque nous prions devant la croix, nous avons en permanence devant les
yeux ce rappel, ou cet appel : amour de Dieu, amour des hommes.
Rappelez-vous saint Jean écrivant « si quelqu’un prétend aimer Dieu qu’il ne voit pas, et n’aime pas
son frère qu’il voit, c’est un menteur »
C’est alors que le livre de l’Exode nous dit : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas,
vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin, tu n’agiras pas envers un frère comme un usurier … » Ce
qui veut dire aux juifs de l’époque comme à nous ce matin : si vous voulez vraiment être le peuple de
l’Alliance, le peuple de Dieu, IL FAUT que cela apparaisse dans votre manière d’agir à l’égard des
autres ».

Amour de Dieu, amour du frère : les deux axes sont indissociables.
Alors, AIMER DIEU ?
Le pouvons-nous seulement ? Le pouvons-nous ? Je me souviens qu’un dimanche, dans une homélie,
le Père Étienne disait « mais dites au Seigneur que vous l’aimez ! ». Et il a raison. (Évidemment c’est le
curé !). Il a raison parce que c’est notre volonté d’aimer Dieu. Mais la réalité ? Souvenez-vous de la
question de Jésus à Pierre, la traduction pourrait être : « Pierre m’aimes-tu sans limite ? » et la
réponse de Pierre, « tu sais que je t’aime bien ». Qui peut vraiment dire face à face avec le SEIGNEUR,
dans la VÉRITÉ, « je t’aime » sans considérer en arrière fond tout ce qui cloche dans notre vie et qui,
sans prouver le contraire, mais tout de même, atténue tragiquement la déclaration d’amour.

Aimer NOTRE PROCHAIN, est-ce possible ?
Est-ce possible d’aimer celui qui m’a blessé, humilié voire pire ? Est-ce possible d’aimer tout
simplement quelqu’un qui m’agace profondément ? Mais ce quelqu’un, tout agaçant qu’il soit, est
mon frère en Christ. Poussant ce raisonnement à sa dernière limite, le situant dans une scène
d’actualité, serait-il imaginable pour un commerçant d’aimer la brute qui vient de saccager son
magasin, le piller, voire l’incendier en considérant que ledit délinquant n’en demeure pas moins le
frère qui lui est donné à aimer ce jour-là ? Ça ne nous passe pas le nœud de la gorge, ce
commandement ! Mais l’Évangile n’est pas une sucrerie, tant s’en faut…
Aimer DIEU, AIMER notre prochain comme nous-mêmes : le pouvons-nous seulement ? NON. Non
parce qu’on n’aime pas sur commande. Non parce que personne ne fabrique l’amour. Non parce que
ce n’est pas une affaire de volonté.
MAIS EN FAIT la question se résout tout autrement. !
La source de l’amour c’est le cœur de Dieu. Nous ne fabriquons pas l’amour mais nous sommes
appelés à nous laisser TRAVERSER par lui. En fait, si nous parvenons à aimer qui ne nous parait pas
aimable, c’est parce que nous consentons à aimer avec l‘amour de Dieu. Nous consentons à laisser
Dieu aimer l’autre par nous, à travers nous. Nous parvenons à aimer si notre ambition intérieure est
celle … d’un tuyau ! Bien sûr, pour que l’amour de Dieu nous traverse, nous ne devons pas être
obstrués par tout un tas de choses inutiles, voire néfastes. Chacun les siennes. Et c’est difficile,
évidemment, de nous nettoyer de tous ces encombrants, parce que nous y tenons souvent
beaucoup ! Mais afin que la présence de Dieu nous traverse pour atteindre les autres, afin que
l’amour de Dieu nous traverse pour aimer les autres, pas d’autres solutions :

Être intérieurement dégagé de l’inutile,
Ne pas volontairement « obstruer le tuyau », car là, ce serait ce que nous appelons le péché.
Ainsi, pour AIMER comme pour PRIER, en fin de compte, c’est à l’abandon que nous sommes conviés.
Un abandon intérieur joyeux et confiant, un abandon à l’action du Seigneur, un abandon à l’initiative
de l’Esprit.
En partageant avec vous cette méditation sur l’Évangile du jour, je vous ai parlé d’amour, comme dit
la chanson. Nous avons tous besoin d’aimer. Nous avons tous besoin d’être aimés. Mais un seul
amour nous est acquis de façon certaine : celui de Dieu. Nous, dans notre quotidien, au fil de nos
méditations cette semaine, ne perdons pas de vue le signe de la Vie, le signe de la croix. Jésus sur la
croix.

Axe vertical, amour de Dieu dans l’abandon à sa présence,
Axe horizontal amour des frères dans l’abandon à l’amour de Dieu qui nous traverse.
Équilibre, croisement des deux axes, des deux commandements qui font la vie chrétienne. Et au
centre de cet équilibre, à la jonction des axes d’amour vertical et horizontal, le Sacré Cœur. Le cœur
de celui qui fait de nous des frères : le Christ JÉSUS.
Amen.
Diacre Jean-Luc NAVARD

Eglise Saint-Louis - Chambord