2026 – Chambord

Avec la fête du baptême du Seigneur Jésus nous faisons un bond de trente ans dans la vie du nouveau-né de la crèche, nous clôturons le temps de Noël. Méditons ensemble, si vous le voulez bien, cette page de l’Évangile de Saint Matthieu. Jésus arrive sur les bords d’un fleuve « mythique », le Jourdain. Il y vient comme beaucoup de ses contemporains le font. Ils accourent se faire baptiser par un prophète austère, dont la parole tranchante laisse peu de gens indifférents.

Le Jourdain en Hébreux signifie « celui qui descend ». C’est un fleuve long de 520 kilomètres. Il prend sa source au mont Hermon sur le plateau du Golan, entre Liban et Syrie, il traverse le Lac de Tibériade puis vient se jeter dans la Mer Morte. Mer unique en son genre puisqu’elle est à moins de 390 mètres du niveau des autres mers du monde.

Eh bien, cette descente des eaux du Jourdain dans la Mer Morte nous offre la meilleure allégorie de ce que représente pour nous le baptême de Jésus. Jésus, c’est le Fils de Dieu. Il est venu prendre chair dans notre humanité ; avait-il besoin d’un baptême de pénitence comme toute cette foule qui se précipite aux pieds de Jean-Baptiste ? Non certes. Dieu est parfait ou alors Il n’est pas Dieu. D’ailleurs Jean ne s’y trompe pas. Il lui déclare « c’est plutôt toi qui devrais me baptiser. » Mais si Jésus insiste c’est précisément pour nous faire comprendre que sa venue chez nous a une portée qui dépasse, et de loin, le simple baptême qu’administre Jean.

La Mer Morte, comme son nom l’indique, est un espace clos où il n’y a pas vie. Son seul intérêt est de permettre à ceux qui ne savent pas nager de flotter sur ses eaux dont le sel vous dévore la peau…Seules les eaux du fleuve Jourdain viennent la maintenir en vie. Sans lui, la Mer Morte serait bel et bien morte depuis longtemps …   

Jésus est Celui qui descend d’auprès de Dieu. C’est ce que nous fêtons le jour de Noël. « Emmanuel, Dieu avec nous », Dieu chez nous, Dieu au visage d’Enfant. Dieu ne sachant plus comment s’y prendre pour nous faire comprendre qu’Il nous aime si vous me permettez cette expression !   Notre Dieu est amoureux de l’Homme, sa créature. C’est cela la Bonne Nouvelle. Et au lieu de répondre à l’amour par l’amour, l’homme depuis qu’il pense, réfléchit, agit, n’a de cesse que d’essayer de le nier et le renier.  Alors Jésus, vient. Il descend dans l’espace clos de notre monde pour le maintenir en vie, le revivifier. Il nous montre en actes que Dieu son Père n’est pas sur un piédestal inaccessible. Dieu et Lui, c’est tout Un. « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en Lui j’ai mis tout mon Amour. » dit la voix du Père. Dans une manifestation qu’il est bien difficile de décrire. L’Évangéliste nous dit « l’Esprit de Dieu descend du ciel comme une colombe. » Tout est dans ce « comme ». Il ne faut pas conclure bêtement et hâtivement que l’Esprit Saint de Dieu est un pigeon ! Il serait peut-être plus judicieux pour notre langue française de traduire « Comme une colombe » par « à la manière d’une colombe » (mais je suis exégète !). Ce qui signifie que l’Esprit vient « doucement, discrètement, mystérieusement, comme la colombe nourrit ses petits par petites becquées successives ». Cette même Voix se fera entendre à nouveau aux trois disciples témoins de la Transfiguration. Elle ajoutera seulement cette injonction dont nous ne pouvons pas nous affranchir si nous voulons être chrétiens « Écoutez le ». Jésus est le Fils bien aimé du Père venu nous dire que nous étions ses frères et par voie de conséquence nous aussi fils bien aimés de ce même Père. Comment alors ce Dieu aimant pourrait-il rejeter un seul de ses enfants ? C’est le sens de ce baptême que Jésus vient recevoir. Préfigurant ainsi un autre baptême qu’Il recevra trois ans plus tard en passant par la trahison, la Croix, la mort atroce et le tombeau. Mais le troisième jour la mort sera définitivement vaincue par la résurrection.

Alors, quel enseignement pour nous aujourd’hui ? Il y en a plusieurs, mais j’en retiens un seul pour alimenter notre route durant les semaines à venir. L’Esprit de Dieu est toujours à l’œuvre dans notre monde. Pourtant tout est mis en œuvre pour nier Dieu, le faire taire, étouffer les germes de vie qu’Il continue inlassablement de répandre chez nous.

La mort n’est pas l’œuvre de Dieu mais bel et bien celle des hommes. Il n’y a qu’à regarder l’état de notre monde en ce 21ème siècle. Violence, guerres, division.  Notre seul problème, si je puis m’exprimer ainsi, c’est que nous sommes libres. Totalement libres d’aimer ou de haïr. Et ne disons pas trop vite que ce sont les autres qui sont responsables. Nous avons chacun notre part dans ces refus d’aimer. Ce n’est pas la peine d’en établir une liste exhaustive. Chacun trouvera pour lui-même, dans sa propre existence, les germes de mort qui ont besoin d’être vivifiés par les eaux pures du baptême dont Jésus nous a définitivement donné la Vie.