En préparant l’homélie de ce dimanche j’avais bien présent à l’esprit la lecture de la lettre de saint Paul aux Corinthiens dont on vient d’entendre un extrait dans la deuxième lecture ! « Frères lorsque je suis venu chez vous ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse. Je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu ». Alors comme j’entends régulièrement des remarques sur les homélies, les miennes ou celles d’autres prêtres ou diacres, je me suis autorisé ce dimanche à réfléchir tout haut devant vous. L’homélie n’est pas l’essentiel de la messe, on ne vient pas pour écouter tel ou tel prédicateur mais pour vivre en communauté ecclésiale le sacrifice de la mort et de la résurrection de Jésus le Christ, notre Seigneur et Sauveur.

            L’homélie, cependant, est un moment de méditation en commun sur la Parole de Dieu pendant l’Eucharistie. Elle ne doit donc pas être négligée. Je rappelle que durant l’Eucharistie il y a trois lieux de la présence réelle du Christ. L’assemblée réunie en son nom (quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux) la Parole de Dieu et le pain et le vin consacrés.

 Paul parle évidemment du prestige et de la sagesse humaine. Il n’y a que Dieu, et son Fils Jésus-Christ mort et ressuscité qu’il désire annoncer. Tous les prédicateurs du dimanche ne sont pas des Jacques-Bénigne Bossuet, Massillon, ou Bourdaloue ou je sais quel autre prédicateur de renom ! Si vous me permettez cette expression triviale, quand on prêche « on le fait avec ses tripes » ! Je ne peux m’empêcher de repenser souvent à mes premières homélies comme diacre permanent dans le Puy de Dôme. Le curé de la paroisse où je résidais me faisait prêcher très, très souvent.

Une fois rédigée, je relisais mes homélies à mon épouse qui, invariablement disait : « C’est bien, tu viens de te fait plaisir… mais est-ce que tu crois que Marie Louise va tout comprendre ? Marie-Louise était une voisine, une vieille paysanne du village qui venait à la messe tous les dimanches ? Je revoyais donc ma copie ! Aujourd’hui, souvent en faisant mes homélies, je pense à Marie-Louis qui du haut du ciel doit sourire en me voyant « plancher sur les textes » du dimanche !

 Deux petites anecdotes qui m’ont blessé au début de mon ministère comme vicaire à Romorantin pour illustrer mon propos. La première, c’était un samedi soir de juin 2009 pour la messe anticipée du dimanche, en plein milieu de l’homélie, un homme s’est levé en criant avant de sortir qu’il n’était pas venu pour entendre un discours politique de gauche…comme j’écris mes homélies, j’ai fait vérifier par deux prêtres expérimentés différents. Ni l’un ni l’autre n’ont trouvé à redire ! J’avais simplement prêché sur le partage dont parle Isaïe dans la lecture de ce 5ème dimanche en invitant à s’interroger concrètement sur notre façon de partager sur l’ensemble pastoral de Romorantin … La seconde anecdote se déroule à la sortie d’une messe dominicale dans ma paroisse de Salbris ; une femme de passage, visiblement d’un niveau social et intellectuel bien supérieur au mien, est venu me dire doctement à la sacristie que mon homélie était doctrinalement inconsistante. Je ne me souviens plus très bien quelles étaient les lectures de ce dimanche-là.  Elle s’attendait certainement plus à entendre un conférencier de haut vol, qu’un simple curé de la campagne solognote !

Alors chaque fois que je relis cette lettre de saint Paul, je ne peux m’empêcher de prier l’Esprit Saint de me souffler ce qu’Il veut que je dise et que je le dise sans « effets de manche », mais avec la simplicité du langage que tous puissent comprendre !

Alors poursuivons donc maintenant brièvement notre méditation du discours sur la montagne. Jésus est assis, entouré de ses disciples. Dimanche dernier nous entendions les neuf béatitudes de l’évangile de saint Matthieu et ce dimanche, dans la suite logique Jésus nous dit qu’en vivant ces béatitudes on devient comme lui, lumière pour le monde. Là où la lumière brille, les ténèbres se dissipent, c’est une loi de la nature. Interrogeons-nous sur notre manière de briller en Église ici à Chambord ?

  Le disciple de Jésus doit également être sel pour donner de la saveur à la nourriture parfois peu « goûteuse » que nous offre le monde ! Le sel a de multiple usage, en plus de donner saveur aux aliments, il permettait quand les congélateurs n’existaient pas de conserver la viande ou le poisson. Un simple exemple, jadis à la campagne quand on avait tué le cochon on conservait sa viande dans le sel !

Dans l’Ancien Testament plusieurs versets évoquent la nécessité du sel. Je n’en cite qu’un car il me semble bien convenir à notre époque… le sel jeté dans les eaux par le prophète Elisée (Rois, 2, 20-21), pour les assainir et éloigner la mort et les avortements qui dévastaient la ville. Il est écrit : « … Apportez-moi une écuelle neuve, où vous aurez mis du sel », et ils la lui apportèrent.

Commentant ce passage de l’évangile avec des paroissiens Monseigneur Oscar Roméro, le saint évêque de San Salvador rapporte qu’un paysan l’a aidé à comprendre avec bon sens l’utilité du sel. Ce paysan salvadorien lui dit : « Si vous mettez votre main dans une cuvette d’eau salée et qu’il y a une blessure, l’eau salée pique la main. Mais si la main est sans blessure, on ne sent rien ! »

Eh bien ! Ce bon sens paysan nous fait comprendre que dans le monde, nous devons, nous chrétiens, être « ceux qui piquent », en annonçant par notre manière de vivre l’Évangile que nous ne sommes pas d’accord pour accepter n’importe quoi. Prenons un exemple dans l’actualité, de notre pays, la loi qui donne la mort réclamée par un groups de députés va à l’encontre de la Loi morale. Toutes les circonvolutions oratoires n’y feront rien, administrer une solution létale c’est tuer tout simplement ! Si je ne m’abuse, il y a bien un commandement qui dit « Tu ne tueras pas » que ce soit en début ou en fin de vie !  Soulager, aider, soutenir est un devoir pour tous et chacun. C’est comme cela que nous serons sel pour le monde dans lequel nous évoluons. C’est un exemple il y en a des centaines d’autres, il nous suffit de mettre notre vie en conformité avec l’Évangile en nous comportant comme Jésus, Lumière du monde.