« Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive une chose pareille » ou encore « C’est bien fait pour toi, le Bon Dieu t’a puni » !   Ces deux expressions populaires, parmi bien d’autres, nous donnent une fausse image de Dieu.  Hélas elle est profondément ancrée dans l’imaginaire collectif. C’est celle d’un Dieu père fouettard, embusqué derrière quelques nuages, prêt à fondre sur nous, malheureux pécheur au moindre faux pas ! Comment voulez-vous vous sentir aimé par un tel père si en plus, dans votre enfance, votre père selon la chair a été rigide, absent ou maltraitant !   C’est un peu sur ce même registre que les disciples de Jésus posent la question centrale. « Qui a péché, lui ou ses parents ? » Il paraissait évident que naître aveugle était un tel malheur, qu’il ne pouvait-être que la conséquence du péché, le sien ou celui de ses parents !

            Eh bien pas du tout…Ni lui ni ses parents ne sont fautifs ! Vous ne pouvez pas, vous ne devez plus penser ainsi…Dieu n’a pas fait le mal. Dieu n’est pas le pervers que certains imaginent. Il ne guette pas nos moindres faiblesses pour nous infliger ensuite un châtiment. Il ne punit pas les fautes des parents sur le dos des enfants. Jésus le Fils de Dieu, Jésus, vrai Dieu et vrai Homme ne peut pas accepter le mal comme une fatalité à laquelle on ne peut rien. Il va donc d’une manière surprenante mais, oh combien symbolique, faire la même chose que son Père. C’est-à-dire qu’il va créer à partir de rien… Il donne la vue, il donne la Lumière à un homme qui est dans les ténèbres depuis sa naissance.

 Ses parents par peur des pharisiens vont le laisser se débrouiller seul pour donner des explications sur sa guérison miraculeuse, « il est assez grand pour s’expliquer ».  Il n’y voyait rien, ni la forme, ni la couleur des objets, de la nature, des fleurs, des gens. Il n’avait aucune idée du regard des autres sur lui. Il ignorait tout de la réalité, si ce n’est par les autres sens, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût. Mais pour la vue c’était le néant.

Jésus va faire de la boue avec de la poussière.   Comme Dieu le Père à l’origine de la création a modelé le premier Homme puis lui a insufflé sa vie divine, Jésus de la poussière de la terre va donner la vie à des yeux inexistants. Jésus propose à cet aveugle de naissance de participer à sa propre recréation par une démarche toute simple mais combien symbolique : « Va te laver à la fontaine de Siloé »   Cette piscine a été creusée sous le règne du Roi de Juda Ezéchias 600 ans avant la venue sur terre de Jésus. Elle servait notamment pour les ablutions rituelles des Juifs venant en pèlerinage au temple de Jérusalem.

Jésus est lui-même l’eau pure. Il est l’eau claire, l’eau de source. L’eau dont nous parlions la semaine dernière est indispensable à la vie. C’est l’eau de notre Baptême qui nous donne la Vie, la vraie vie, celle qui oriente les pas de chaque baptisé qui reste fidèle à son baptême sur la lumière de la Vie éternelle.

Sur terre, la vie est faite de joies et de peines, de labeur, de difficultés, mais aussi de rencontres fraternelles, d’entraide.  Sur cette terre, nul n’échappe à la condition mortelle. La vie sur terre trouve son épanouissement dans une éternité de Joie, de Paix, d’Amour, de Lumière. Une éternité de bonheur. Je suis bien incapable de vous la décrire.  Les mots humains sont pauvres, nos intelligences, si brillantes soient-elles, ne peuvent exprimer ce qui se passe au ciel ! Mais dans la foi, certains que les paroles de Jésus contenues dans son Evangile sont vraies, je sais, j’affirme, je suis sûr que la vie sur la terre, vécue dans la perspective du ciel, vaut la peine d’être vécue. Et jusqu’au bout, bien portant ou impotent, tout être humain jeune ou vieux, reste une créature de Dieu. L’amour fraternel nous oblige à accompagner et non abrégé de quelque manière que ce soit la vie d’un être humain !  Toute vie vaut la peine d’être vécue même la vie d’un aveugle, d’un sourd muet, d’un handicapé de naissance !  Chacun d’eux mendie notre amour. Allons-nous leur refuser en faisant une loi donnant le droit de mettre fin à leur existence !

            Sur cette terre nous sommes d’une certaine façon tous des aveugles. Et en plus nous sommes plus ou moins sourds. Voici une histoire vraie. Elle m’a permis de comprendre comment nous sommes tous des aveugles sur cette terre, et souvent aussi sourd et muet par rapport à ce que nous serons au ciel.

 J’avais dix-huit ans, j’étais novice chez les missionnaires montfortains lorsque le Père Maître nous a emmené visiter un établissement de personnes lourdement handicapées. On appelait cela un « asile ». C’était à Poitiers. Cet établissement public fonctionnait encore avec des religieuses. Elles travaillaient et elles se  dévouaient totalement pour mettre un peu d’humanité dans ce lieu retranché du monde. C’est là qu’une religieuse, une fille de la Sagesse de Saint Louis Marie Grignon de Montfort nous a fait communiquer avec une femme d’une quarantaine d’années, sourde, muette et aveugle de naissance. Uniquement avec la main. La sœur tenant dans sa main la main de cette femme nous a servi d’interprète. Elle nous a mis en relation avec cette personne. Une fois la question posée et traduite gestuellement, elle nous répondait en se servant d’une machine à écrire ou d’une carte en relief ou plus simplement en faisant des gestes avec la main de la sœur. L’amour de cette religieuse pour la personne exclue de la société à cause du handicap lui a permis d’entrer en relation avec le monde extérieur.

            Là j’ai compris que dans ma vie spirituelle que je croyais bien réglée et à l’époque presque parfaite… j’étais sourd, muet, aveugle de naissance

Chers amis, tous, nous sommes plus ou moins dans cette situation.  Nous avons besoin pour entrer en relation avec Dieu de nous échapper des bruits ambiants qui nous empêchent d’entendre sa voix. Nous avons besoin de mettre en veilleuse les lumières artificielles qui nous empêchent de voir la beauté de sa création et en premier lieu les visages de nos frères et sœurs.

 Vous voulez être guidé sur ce chemin ? Tournez-vous résolument vers l’Eglise, sachant que l’Eglise c’est vous, mais c’est aussi le frère, la sœur à côté de vous, même si parfois il m’indispose. ! Adoptez un code, c’est l’Evangile. Trouver des moyens, ce sont les Sacrements.

Bonne suite de Carême 2026

Eglise Saint-Louis - Chambord