La liturgie du 28ème dimanche de l’année A offre à notre méditation des textes d’une grande densité. C’est pourquoi ils méritent quelques mots d’explication si nous voulons en tirer profit pour alimenter notre vie spirituelle et surtout entretenir en nous cette vertu théologale qu’est l’Espérance !
Nous avons bien besoin de cultiver cette vertu en ces temps troubles, troublés et troublants !
Le prophète Isaïe, dont le nom signifie « Yahvé sauve » a vécu au 8ème siècle avant Jésus. C’est une période où le peuple des Assyrien, voisin d’Israël, devient de plus en plus puissant et menaçant pour la sécurité du pays. Isaïe encourage ses concitoyens en les invitant à ne pas avoir peur et à ne pas désespérer. Il énumère dans ce passage ce que : « le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples » qui se tourneront vers Lui : un festin des plus recherché, des plus raffiné, des plus abondant. Il signifie ainsi que Dieu donnera à profusion et sans limite… L’image du festin est, celui de la réjouissance, du bonheur, de la paix enfin définitivement acquise. Mais Dieu ne s’arrêtera pas là, il fera encore plus, il « essuiera toute larme, il effacera l’humiliation » Bref, ce passage d’Isaïe est clairement une invitation à l’espérance. « « Nous espérions; il nous a sauvé ».
Et le peuple d’Israël a bien besoin d’être réconforté. Mais il a aussi besoin d’être stimulé, secoué, admonesté … car les mœurs se relâchent. Il faut d’urgence revenir vers le Dieu de l’Alliance. « Il fera disparaître la mort pour toujours » Nous sommes huit siècles avant l’enseignement de Jésus !
Pour nous qui avons le Nouveau Testament et l’Histoire de l’Eglise, écoutons cette prophétie d’Isaïe comme une exhortation à l’espérance. La période que nous traversons est tristounette. Tout concourt à entretenir un climat anxiogène. Gravons « l’Espérance » dans notre cœur, dans notre mémoire, dans notre intelligence à la manière d’un Charles Péguy qui écrivait : « L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera dans le futur du temps et l’éternité »
Et le psaume 22 que nous avons chanté tout à l’heure nous invite à « Espérer contre toute espérance ». Ce psaume est choisi régulièrement dans nos célébrations que ce soit pour un baptême, un mariage, une sépulture. Tout simplement parce qu’il aborde tous les aspects de la vie humaine. Il est très suggestif. En écho à la première lecture, il invite à « espérer » Toute séparation, toute rupture d’alliance est une mort. Toute conversion est un germe de résurrection. L’humanité toute entière entrera dans le Royaume de Dieu. Encore faut-il qu’elle le veuille, qu’elle ne s’autodétruise pas comme elle est en train de le faire en se détournant de Dieu.
En cette période troublée par les manifestations violentes, les bruits de guerre à nos frontières, le passage de Paul aux Philippiens tombe à point nommé : Il nous invite à réfléchir sur les biens de ce monde. « Avoir ce qu’il me faut et manquer de tout » ! Alors parlons d’argent sans honte ni fausse pudeur. Voici quelques pistes pour nourrir notre réflexion avant de mettre la main au porte-monnaie pour la quête tout à l’heure : Les richesses sont une chance pour celui qui en possède. Mais elles sont aussi un risque. Si nous avons des richesses nous n’en sommes pas propriétaire… Nous n’en sommes que les gérants dont il nous faudra rendre compte !! La richesse amassée pour elle-même fait la pauvreté des autres. C’est de cette manière qu’elle conduit à la mort l’âme du riche. Nous sommes intendant des richesses que nous avons pour le bien de nos frères humains.
Soyons avec notre argent des serviteurs fidèles et avisés pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de nos âmes !
Dans l’Evangile, Saint Matthieu nous offre deux paraboles qui se suivent et ne se ressemblent pas. La première, nous présente un Roi. Et vous l’avez compris ce Roi c’est Dieu qui invite chacun au banquet des noces.
Ces noces ne sont autre que l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Dieu Aime voilà tout ! Il est Amour, source de l’Amour. Les noces sont un moment de bonheur intense entre ceux qui s’aiment en se donnant l’un à l’autre. C’est exactement ce que fait Dieu avec nous. Le jour où « le Seigneur, Dieu de l’univers, épousera l’humanité entière il préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux ». Les chefs des prêtres, les scribes et les pharisiens ne sont pas dupes. Ils comprennent qu’ils sont les premiers invités, eux qui ont été choisis pour annoncer au monde l’Amour de Dieu. Mais ils refusent d’entrer…Face à ce refus obstiné, Dieu, qui comptait sur eux pour annoncer son salut au monde entier, va se tourner vers les nations païennes. Rien ne peut faire obstacle à l’Amour de Dieu.
Le roi envoie donc ses serviteurs à la rencontre des « pauvres, des estropiés, des aveugles et des boiteux » C’est-à-dire les peuples de la terre. Quand ils apprennent qu’ils sont invités au palais royal pour la grande fête des noces ils sont incrédules, car les pauvres ne sont que très rarement invités chez les riches. Ils ne peuvent même pas se nourrir de ce qui tombe de leur table. Mais finalement c’est l’émerveillement qui domine et ils entrent.
Et puis il y a cet invité de dernière minute. Ce qui signifie que l’on peut tous entrer chez Dieu. Tous, les mauvais comme les bons ! De chaque côté de Jésus en croix il y a deux larrons. L’un enfile la robe nuptiale, l’autre la refuse… .. Bien sûr c’est la robe de baptême. Mais l’habit ne fait pas le moine… il ne suffit pas dire : « Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume des cieux mais de faire la volonté de mon père qui est aux Cieux ». Et la volonté de Dieu c’est que nous aimions. C’est la seule manière de tisser la robe qui permet d’entrer dans la salle du Banquet des noces.
Le métier à tisser sur lequel mettre son ouvrage pour réaliser cette robe est constitué des fils de la chaîne qu’est l’Amour que l’on porte à Dieu et ceux de la trame qui la traverse c’est l’Amour du prochain.Alors frères et sœurs continuons à tisser notre robe nuptiale pour notre entrée dans la salle du festin des noces éternelles car : « Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’Amour ! » (Saint Jean de la Croix)