Dans la Bible, le terme « vigne » apparaît 110 fois, et si on y ajoute « vin et vigneron », on arrive à un peu plus de 450 occurrences ! Lorsque j’ai réalisé cela, je me suis repenti d’avoir fait arracher la vigne que je possédais dans la vallée du Cher pour vendre ensuite le terrain. C’est vrai que j’étais un piètre vigneron et que à cause de ma négligence, elle ressemblait à la vigne dont nous parle le Prophète Isaïe dans la première lecture de ce jour. Elle ne donnait plus que du verjus !

Lorsque le prophète Isaïe nous parle de la vigne dans ce passage, il montre la déception de Dieu. « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Il a pris un tel soin pour que sa vigne soin prospère et florissante ! Ecoutez plutôt : « Il y avait la Paix sur toutes les frontières alentour. Juda et Israël habitèrent en sécurité chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Beersheba, pendant toute la vie de Salomon. » 1 Rois 5,5 et dans le livre du prophète Michée au chapitre 4, versets 3 et 4 : « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre. Mais chacun restera sous sa vigne et sous son figuier, sans personne pour l’inquiéter… » Qui n’a jamais rêvé de vivre dans un pays où il n’y aurait plus jamais la guerre, plus de division, plus de meurtres, plus de vols. Une nation où les hommes et les femmes se respectent, où personne n’aurait faim, ne serait sans toit, sans travail. Bref un pays de Cocagne, pays imaginaire ?  Non, pays que Dieu voulait donner à son peuple.

Mais le peuple n’a pas écouté la voix de son Seigneur. Dieu est déçu. Une telle déception va finalement le mettre en colère. Ce peuple ingrat s’attire les foudres du Seigneur de l’univers qui déclare : « J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée, ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie » a-t-on entendu dans la première lecture.

            Comme en écho, l’Évangile nous donne à voir, à entendre, l’attitude des gérants de la vigne. Ils ne pensent qu’à tuer ceux qui s’en approchent avec amour et compassion pour s’emparer d’un bien qui ne leur appartient pas. Jésus lui-même à la fin de la parabole porte ce jugement sévère : « Le Royaume de Dieu – la Vigne- vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera porter du fruit »

            Une lecture hâtive et superficielle de ce passage de l’Évangile de ce dimanche d’automne pourrait nous amener à conclure qu’Israël n’a rien compris aux desseins de Dieu et que par conséquent il est exclu du salut au profit de l’Église. C’est ce que font certains fondamentalistes chrétiens. C’est aller un peu vite et c’est surtout le moyen de se dédouaner d’une réflexion sur nos propres attitudes.

            Dieu nous confie sa vigne. C’est cela qu’il faut d’abord retenir… Nous n’en sommes pas les propriétaires mais les gestionnaires. Voici quelques questions à nous poser pur faire notre examen de conscience sur notre manière d’entretenir la vigne du Seigneur : « Que faisons-nous du monde dans lequel nous vivons ? Que faisons-nous pour la Paix, que faisons-nous pour lutter contre la faim, contre le manque de logement ? Que faisons-nous pour la vie de notre commune, de notre paroisse ? La Vigne que le Seigneur nous confie, c’est le monde où nous vivons ! Que faisons-nous pour la vie, de son début à sa fin naturelle ?

Vous savez, ce serait trop simple de vous dire je vais à la messe le dimanche, je donne à la quête, je paie le denier du culte point barre. Je fais ce qu’il faut pour la vigne du Seigneur…

Hélas non, tout cela certes est bon et utile et « il faut continuer à donner à la quête à la messe le dimanche ! »  Mais le plus utile c’est le temps que je consacre et partage avec mes frères pour leur apporter un peu de chaleur humaine. C’est l’argent que je partage si j’en ai suffisamment pour vivre avec ceux qui manquent du nécessaire.Nous venons de vivre un moment suspendu dans l’Église de France avec la visite apostolique du Pape Léon. Tous ces moments forts sont autant de graines semées sur notre sol. Veillons à ne rien gaspiller et surtout, prions pour que les grâces reçues en abondance, j’en suis certain, sur tous mais plus spécialement sur les jeunes au stade de France, rejaillissent sur cette autre partie de la jeunesse qui s’exprime dans la violence, les hurlements, les destructions, les slogans haineux.            Oui frères et sœurs, redoublons de moments de prière pour cette jeunesse dévoyée et ceux qui la manipulent.    

Eglise Saint-Louis - Chambord