Dans notre église, visitée par de très nombreux touristes, le livre de la Parole de Dieu, exposé au seuil du chœur, attire beaucoup de visiteurs. Je suis assez surpris de l’intérêt que les personnes lui portent. Plusieurs demandent des explications sur ces textes qui pour un certain nombre sont totalement inconnus.
Reprenant une parole de saint Paul dans 1 corinthiens 9,16 « malheur à moi si je n’annonçais pas l’évangile » le Père Jacques Loew répétait à temps et à contre temps que c’était une nécessité pour les prêtres bien sûr, mais également pour chaque chrétien. Je m’applique donc ici dans notre église saint Louis à être à l’écoute des gens pour leur annoncer la bonne Nouvelle de l’Évangile.
Frères et sœurs, chers amis, êtes-vous persuadés que la Parole de Dieu est adressée à chacun, individuellement mais aussi collectivement. Alors, une question : vous venez à la messe dominicale, donc vous nourrissez votre foi chrétienne de la Parole de Dieu : « dans votre vie chrétienne, est-ce que l’Evangile vous guide dans vos choix, dans vos réflexions, dans vos décisions ? »
La Parole de Dieu entendue, écoutée ce matin, nous bouscule, nous remue, nous dérange. Et c’est tant mieux. C’est en se laissant bousculer par la Parole de Dieu que nous nous convertissons et que nous entraînons nos frères dans notre sillage. Si nous y avons été attentifs, notre petit confort spirituel, notre train-train chrétien quotidien devrait être légèrement perturbé…Car cette Parole résonne comme un sérieux rappel à l’ordre ! Et Dieu sait si en ces temps troublés nous avons un besoin urgent de revenir à l’essentiel, au fondement de notre foi chrétienne pour ne pas céder aux sirènes annonciatrices de catastrophes en tout genre !
Si d’aventure, ce que je n’ose croire ! cette Parole de Dieu ne vous a fait ni chaud ni froid, c’est que vous étiez distrait en écoutant les lectures. Vous étiez comme cette brave femme qui me disait un jour : « Vous savez pour moi la messe du dimanche est importante, mais j’ai tellement d’occupations, que je ne peux pas arriver avant le sermon,… ». Elle considérait qu’en répondant : « présent » après l’homélie elle avait rempli ses obligations dominicales ! Frères et sœurs, par pitié, n’adoptez pas cette attitude ! Ne laissez pas glisser sur vous la Parole de Dieu, comme l’eau sur les plumes d’un canard sortant d’un étang de Sologne.
L’essentiel ce matin nous est rappelé dans les trois extraits des lectures qui viennent de nous être proposées. D’abord par Ezéchiel. Il exhorte à être « guetteur » : « Fils d’homme j’ai fait de toi un guetteur ». Nous sommes environ 500 ans avant Jésus Christ, le peuple d’Israël a été déporté par Nabuchodonosor à Babylone. Le prêtre Ézéchiel fait partie du « voyage » ! Dieu le charge de rappeler au peuple sa mission en utilisant l’image du guetteur. L’homme chargé de scruter l’horizon du haut des remparts d’une ville, ou d’une citadelle est un guetteur. Il est à ce poste pour avertir de l’arrivée des ennemis afin que nul ne se laisse surprendre par une attaque dévastatrice. Si le guetteur est défaillant ou pire s’il est complaisant avec l’adversaire, c’est la catastrophe assurée pour tout le monde. C’est ce qui est arrivé aux habitants de Jérusalem. Cette image du guetteur parle au cœur du peuple exilé. Si l’on avait su, oui si l’on avait su on serait resté fidèle à l’Alliance avec notre Dieu… mais c’est trop tard !
Eh bien ! chrétiens, Dieu a fait de nous des guetteurs. Il nous charge de guetter pour ne pas nous laisser surprendre par les attaques sournoises de l’ennemi perfide qui veut nous emmener en déportation dans les ténèbres de la désespérance de la course au profit, dans le cycle infernal de la violence, dans le reniement des commandements de Dieu. L’Ennemi nous nargue, nous tente, nous incite à ne pas respecter les règles de vie que Dieu nous a donné pour un « vivre ensemble » comme on aime à dire aujourd’hui !
Saint Paul nous rappelle dans la seconde lecture ce que nous devons faire pour ne pas nous laisser surprendre et avoir part à la vie éternelle : « Tu ne tueras pas ». J’ajoute pour que ce soit parfaitement clair, tu ne tueras sous aucun prétexte et sous quelque forme que ce soit. Une loi qui prétend par sollicitude mettre fin aux souffrances ou mal-être de ces semblables n’est pas une loi morale même si elle est légale ! Saint Paul rappelant le décalogue poursuit : « tu ne voleras pas, tu ne piqueras pas la femme ou le mari de ton voisin, tu ne mentiras pas etc… vous connaissez je pense les commandements de Dieu que l’on appelle aussi « les Dix Paroles ». Ces commandements n’ont qu’un but : nous donner des balises pour respecter la Vie que Dieu nous donne.
Jésus dans l’Evangile que vous venez d’écouter attentivement résume ces dix commandements fondamentaux par un seul verbe : aimer !
Mais qu’est-ce qu’aimer ? Je pose régulièrement la question dans mes homélies parce que certainement elle me taraude et continuera à m’inquiéter jusqu’ à mon dernier souffle. Oui qu’est-ce qu’aimer vraiment comme Dieu nous aime. Est-ce su facile ? « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même », comme l’a écrit dans poème désormais célèbre Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Vous le connaissez certainement, il est chanté par Natasha Saint Pier. Mais c’est facile à dire, à écrire, mais difficile à vivre.
Oui tout donner, son temps, son argent, son amour propre pour gagner nos frères à découvrir combien ils sont aimés par Dieu… Mais ils ne le réaliseront que si nous le vivons nous-mêmes avec intensité ! Là est toute la question !