Ah, nostalgie quand tu nous tiens… Jadis, il n’y avait pas de bel été sans une célébration éclatante de cette fête du 15 août rendue populaire par Louis XIII en 1638. C’était notre fête nationale ! La révolution française, la loi de 1905 et ses conséquences n’ont pas réussi à éradiquer cette fête de Marie montée au ciel avec son corps. Alors célébrons dans la joie cette fête de l’Assomption pour que notre Pays mérite encore son titre de France, fille aînée de l’Eglise !
L’Eglise a fait de l’Assomption un dogme. C’est une vérité que nous devons croire. Marie ressuscitée nous précède dans la vie où son Fils Jésus l’a entraînée après lui. Elle méritait bien cela n’est-ce pas ? En célébrant et honorant la Mère, nous adorons le Père, le Fils et l’Esprit. Voilà me semble-t-il le sens de cette fête traditionnelle du milieu de l’été.
Que l’on ne vienne pas nous seriner que la France n’a pas de racines chrétiennes…Marie, même pour des catholiques qui n’usent pas les bancs des églises, est la figure tutélaire à laquelle tous sont attachés. Elle représente, la douceur, la tendresse, la pureté. C’est la mère à laquelle on peut tout dire, tout confier. Même sur les cœurs endurcis, elle réussit à faire couler le baume de la miséricorde de Dieu. Je le vois bien ici dans cette église où même avec la casquette vissée sur la tête, les gros durs, les tatoués viennent mettre une veilleuse et esquisser un vague signe de croix devant sa statue.
« Si Marie, qui est l’arbre de vie, est bien cultivée en votre âme, écrivait le Père de Montfort dans son traité de la vraie dévotion, elle portera son fruit en son temps et son fruit n’est autre que Jésus-Christ ». Dans notre dévotion à Marie ne nous trompons pas. C’est vers Jésus qu’elle oriente nos regards et non vers elle.
« Quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, nous dit l’Evangile de ce jour, l’enfant tressaillit en elle. » Longtemps, les sceptiques n’ont vu dans ce passage de Luc qu’une allégorie, une histoire symbolique, une sorte de parabole. Certains même se sont moqués, et se moquent encore. Même parmi les chrétiens ! Or, les mamans qui ont porté en elles le fruit de leur amour, savent bien que le petit être vivant dont l’échographie permet aujourd’hui de suivre l’évolution est capable de « communion » avec sa mère et son milieu environnant.
Jamais autant qu’aujourd’hui nous n’avons été aussi attentifs à la vie intra-utérine du bébé, et c’est tant mieux…L’accompagnement périnatal permet aujourd’hui de préparer sous les meilleurs auspices l’arrivée dans notre monde du futur petit homme, future petite femme. Ce petit être, est aimé avant même qu’il montre le bout de son nez. Inévitablement cela va conditionner son développement physique, psychique affectif. L’enfant, dans le sein de sa mère, partage les sentiments de sa mère et peut-être bien aussi de son père
Alors rien d’étonnant que Jean-Baptiste qui en était à son sixième mois dans le sein d’Elisabeth ait manifesté sa joie à l’approche de Jésus qui lui en était à quelques jours seulement ! Elisabeth exultait en ouvrant sa porte à Marie. Marie exultait de joie comme elle va le chanter dans le Magnificat. Alors quoi de plus naturel que l’enfant lui-même se mette à manifester ce qu’il perçoit de la joie de sa mère. Je pense que l’on peut affirmer que l’Esprit Saint a enveloppé les deux cousines d’un même amour. Tout ce qui se passe entre elles deux est le fruit de l’amour de Dieu dont elles sont entièrement les servantes. Elisabeth est reconnaissante pour les merveilles que Dieu vient d’accomplir en elle, la stérile qui n’avait plus humainement d’espoir d’avoir un enfant. Marie la jeune Vierge qui n’avait pas encore habité avec Joseph son époux déborde de gratitude pour ce Dieu qu’elle veut servir de tout son être.
Mais il y a un autre point que je voudrais souligner ce matin, c’est la rencontre de deux femmes héritières d’une longue tradition. Ce sont toutes ces femmes de l’Ancien Testament. : Sarah, Rébecca, Déborah, Judith pour ne citer que celles-là. Elles ont été des exemples de fidélité à Dieu et à son peuple. Ces femmes dont la Bible parle et dont on commence seulement à découvrir qu’elles ont eu un rôle prépondérant dans la vie du peuple élu.. Marie est de cette race-là. Elle est celle qui permet à l’Ancien Testament de s’accomplir. Elle n’en tire aucun orgueil. Comment le pourrait-elle ? Elle laisse Dieu agir en elle pour que l’humanité tout entière se détourne du néant vers lequel elle est attirée. Elle laisse Dieu devenir homme en elle pour que cette même humanité se laisse envelopper par l’Amour créateur de Dieu. En a-t-elle conscience ? Oui et non ! Elle sait que rien n’est impossible à Dieu. Elle sait que seul Dieu agit. La Parole de Dieu est créatrice. Cela elle n’en a jamais douté. Elle peut donc chanter : « Toutes les générations me diront bienheureuse »
Alors quels enseignements pour nous qui fêtons ce matin dans cette église Royale de Chambord Marie en son Assomption ? D’abord n’essayons pas d’imiter Marie. Elle est unique. Elle est inimitable. Elle seule est la mère du Sauveur. Elle seule a conçu sans péché. Elle seule est demeurée vierge après avoir enfanté Jésus.
Mais si elle est montée auprès de son Fils dans la gloire du ciel avec son corps c’est avant tout pour nous attirer vers son Fils. Laissons-nous donc attirer. C’est auprès de Jésus que nous sommes attendus. Elle nous montre le chemin comme nous le chantons dans un cantique « La première en chemin, Marie tu nous entraîne »
Frères et sœurs n’hésitons pas à accueillir Marie chez nous, elle est notre Mère, comme elle est la Mère de l’Eglise. C’est elle le chemin le plus sûr chemin qui conduit vers le Père en passant par le Fils. Et l’Esprit Saint nous murmure dans le silence de nos cœurs : « Viens vers le Père »
L’entendrons-nous ce matin ?