L’Evangile de la résurrection de Lazare, fait partie du choix de textes qui sont proposés par la revue « Fêtes et Saisons » pour l’accompagnement des célébrations d’obsèques. Lorsque j’étais curé de Salbris, je donnais systématiquement ce numéro spécial intitulé « Je suis la Vie » à toutes les personnes qui demandent à l’Eglise de les accompagner lors du décès d’un membre de leur famille. Je ne sais pas le nombre d’obsèques que j’ai personnellement célébré, mais je ne me souviens pas d’avoir eu une seule fois par une famille la demande de ce passage.  Cela dit quelque chose, me semble-t-il, de l’espérance que nous avons en la puissance de Dieu à travers son Christ de nous ressusciter un jour !

            Ce n’est ni le lieu ni le moment de faire un exposé des motifs qui amènent les gens à demander des obsèques à l’église. Mais peut-on encore parler de célébration chrétienne quand il n’y a dans la majorité des cas, que le célébrant pour professer la foi ? La foi en la vie éternelle, la foi en la résurrection, la foi en Dieu. Par amour, notre Père des Cieux nous a fait ce cadeau immense de la liberté, liberté de croire ou de ne pas croire en Lui. Dans notre belle Sologne les gens semblent avoir majoritairement fait le choix de ne pas croire en Lui. Ils demandent pourtant encore à l’Eglise de les accompagner dans leur peine.  Aux questions que je posais sur la foi du défunt, sur leur propre foi, pendant le dialogue préparatoire à la célébration, les familles, esquivaient en disant : « On a toujours été de ce côté-là » (autrement dit, nous ne sommes pas anticléricaux). Cela, c’est pour le rite social. Ou bien :« Il y a peut-être quelque chose après mais jamais personne n’en est revenu » Ouencore plus laconiquement : « sait-on jamais ! » Cette catégorie de réponses, la plus fréquente, concerne l’existence de Dieu et la vie éternelle. Parfois on a des réflexions plus élaborées qui se terminent par quelque chose du style « J’aimerai bien y croire, mais… »

            « Crois-tu cela ? » dit Jésus à Marthe. « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » dit-il à Marie Croire ou ne pas croire à la résurrection, là est toute la question !

            Et il est indéniable, qu’à courtes vues humaines, la résurrection, c’est un concept intellectuellement impensable, inimaginable, incroyable… mais vrai ! La mort avec toutes ses conséquences ; ces yeux qui ne voient plus, cette bouche muette, ces oreilles qui n’entendent plus. La mort avec la putréfaction du corps, accompagnée par cette odeur insoutenable si caractéristique. La mort avec l’inertie de ce corps qui a été touché, enlacé, aimé. La mort avec cette absence de pouvoir communiquer ses sentiments. Enfin la mort avec toutes ses affres pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse évidente sur la vie après la vie.

              Peut-on jeter la pierre à des gens qui n’ont pas la chance d’avoir eu le temps et les moyens pour réfléchir sur le sens de leur l’existence ? Chrétiens, sommes-nous suffisamment attentifs aux questions existentielles que tout être humain porte enfouies au plus profond de lui-même sans toujours très bien savoir comment les exprimer ? Aujourd’hui, dans la France profonde, ces questions sur le sens de la vie ne devraient-elles porter que sur le pouvoir d’achat ? Le « prêt à penser » offert, moyennant redevance, trop cher à mon goût, par le tube cathodique qui anesthésie les consciences. Alors pensez donc, la Parole de Dieu …La résurrection n’est pas le sujet susceptible de faire exploser l’audimat. Ce n’est pas l’évangile de Lazare qui fera gagner des parts de marché.

Qu’est-ce qui trottait dans la tête de Marthe et Marie les deux sœurs de Lazare à l’arrivée de Jésus ? La résurrection, oui bien sûr, mais pour la fin des temps. Pour le dernier jour du monde. Un miracle de Jésus aurait été bien plus efficace que tous les discours sur la résurrection à laquelle elles étaient disposées à croire. Mais là maintenant est-ce encore possible ? Oui dit Jésus à Marthe et à Marie. Oui dit Jésus à chacune et chacun de nous ce matin. La résurrection n’est pas pour après-demain. Le processus de notre résurrection a commencé le jour de notre conception. Il se poursuit dans notre propre adhésion à la Vie du Christ qui nous conduit vers son Père. Ce Dieu de tendresse dont la toute-puissance n’est rien d’autre, si je puis m’exprimer ainsi, que celle de son Amour Infini. Cette toute-puissance contenue dans son humilité, sa simplicité, son silence. Cette toute-puissance divine si contraire à l’arrogance, la violence de nos pouvoirs humains. Ce Dieu éternellement présent qui nous attire à Lui a mis dans le paquet cadeau de sa vie, la résurrection.

 Alors, cette vie en Dieu, avec Dieu n’est plus un hypothétique pari sur l’avenir. C’est une réalité pour aujourd’hui qui ne nous dispense pas de faire un acte de foi. A la question de Jésus « Crois-tu cela » C’est à nous de répondre librement « Oui Seigneur je crois » Pour commencer à comprendre la résurrection, il faut d’abord y croire. Mais pour y croire il faut aussi la comprendre nous dirait Saint Augustin. La foi ne s’oppose pas à l’intelligence. Relisons, si nous le pouvons, avec profit l’Encyclique « Fides et ratio » de saint Jean-Paul II et continuons notre montée vers Pâques .

Eglise Saint-Louis - Chambord