Voulons-nous profiter pleinement de ce carême 2026 qui commence pour retrouver la joie et le goût de la prière, du partage ? Oui…Alors ouvrons l’oreille de notre cœur pour écouter les appels incessants de Dieu à la conversion. Sommes-nous disposés à renouer avec la sobriété en jeûnant, pas simplement de chocolat ou de confiture mais de toutes médisances, calomnies, vulgarité, invective qui empoisonnent les relations sociales ? Voulons-nous mettre un frein à toutes paroles venimeuses qui sortent de notre bouche et qui ont préalablement germés dans le fond de notre cœur ! Alors en ce début de Carême fixons les yeux sur Jésus, le Christ et suivons-le au désert, le lieu de son combat.
« Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit
pour être tenté par le démon. »
L’évangéliste Matthieu nous dit que Jésus, vrai homme et vrai Dieu, a fait l’expérience de l’attrait du mal. Il a choisi le bien et rejeté le mal. La tentation n’est pas le péché, mais plutôt l’occasion de faire un choix, d’exercer sa liberté, de rejeter le péché.
L’Évangile nous dit clairement que Jésus a été tenté, qu’il a dû faire un choix. Il a expérimenté l’attrait que le mal exerce sur l’homme. Jésus n’a pas fait semblant d’être un homme, il était vraiment un homme, vraiment l’un de nous tout en étant vraiment Dieu. Manger à sa faim, vouloir être reconnu par les autres, chercher à dominer, quoi de plus humain !
Le démon demande à Jésus de changer les pierres en pain. Manger, c’est tout à fait normal. Mais obtenir sans effort, comme par magie, une abondante nourriture, voilà ce qui n’est pas normal ! Jésus multiplie les pains plus tard, mais ce sera pour nourrir la foule pour qui il est pris de compassion. En appelant ses disciples plus tard, à partager le peu qu’ils ont, il enseignera que lorsqu’il y a partage, il y a toujours assez pour tous.
Le démon suggère ensuite à Jésus de se jeter dans le vide du haut du Temple. Vouloir être reconnu par les autres, c’est tout à fait normal. Mais offrir un spectacle merveilleux qui mettrait Dieu à son service en faisant de nous une star attirant les foules, voilà ce qui n’est pas normal ! Jésus refusera l’esbroufe, il refusera toujours de se conformer aux aspirations du peuple et des chefs du peuple qui désirent un Messie puissant, apparaissant dans toute sa gloire. Il acceptera au contraire d’être mis à mort par les hommes et de faire l’expérience de l‘abandon. Et c’est par ce complet oubli de lui-même et l’obéissance jusqu’à la mort qu’il nous a sauvé.
Finalement, le démon lui promet tous les royaumes de la terre à condition de l’adorer. Cela dépasse les deux premières tentations, le pouvoir politique et la richesse. Cette troisième tentation refuse Dieu comme créateur et sauveur du monde et de l’histoire. Il y a une différence très grande entre autorité et pouvoir. Tout au long de sa vie publique, Jésus a parlé et agi avec autorité. Il a toujours refusé le pouvoir. L’affirmation tout à fait radicale et révolutionnaire des Évangélistes est que le pouvoir est proprement diabolique. Alors que l’autorité crée la communion en faisant grandir l’autre, le pouvoir isole, rend arrogant et implacable jusqu’à décider de la vie et de la mort de son prochain qui ne serait pas digne de vivre.
Les mêmes tentations nous guettent constamment, et tout d’abord celle de vouloir utiliser Dieu pour satisfaire notre faim, pour remplir notre portefeuille, pour satisfaire notre vanité. Ne sommes-nous pas souvent à l’affût de manifestations extraordinaires, d’apparitions et de miracles, comme si Jésus n’avait pas explicitement refusé de se manifester de cette façon. Mais, par-dessus tout, la tentation qui nous guette sans cesse est celle du pouvoir que nous sommes invités par l’Adversaire à exercer sur notre propre existence, sur les autres et, finalement, sur Dieu.
Au début de ce Carême, mettons-nous davantage à la suite de Jésus.
Pour ce faire, laissons par exemple quelques paroles de l’Évangile remonter à notre mémoire, ruminons-les pour qu’elles transforment notre cœur. L’Esprit Saint lui-même les murmure à l’oreille de notre cœur quand le tentateur frappe à notre porte. « Heureux les artisans de paix…. Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent… Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux… » Mais il y a en a beaucoup d’autres, à vous de les laisser émerger.