« Vanitas vanitatum et omnia vanitas » Chaque fois que je relis ce passage de l’Ecclésiaste je revois mon professeur de littérature déclamant par cœur des passages entiers de l’oraison funèbre prononcée par Bossuet lors des obsèques d’Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans. Il avait des trémolos dans la voix, le saint homme, mais rions sous cape ! Il a réussi cependant une chose, attirer notre attention sur le livre de l’Ecclésiaste que l’on nomme aussi le livre de Qohèleth et spécialement sur cette phrase devenue une maxime : « Vanitas vanitatum et omnia vanitas ». « Vanité des vanités et tout est vanité ».

Vous l’avez compris, c’est le point sur lequel je souhaite faire porter la méditation en ce 18ème dimanche ordinaire au cœur de cet été 2025.

En s’inspirant de la vie de Salomon, l’auteur de l’Ecclésiaste prêche d’une manière générale pour tous les hommes. Il s’adresse donc à chacun de nous. 

Dans une première partie de sa vie, le roi Salomon est exemplaire. Sa vie est vertueuse, pieuse. Il ne demande à Dieu qu’une seule chose : la Sagesse !

 Succédant au Roi David son père, il en a reçu une éducation toute orientée vers le service du Seigneur son Dieu.

Dans cette première tranche de vie, Salomon marchera sur les traces de son père et on peut peut-être dire qu’il le surpassera en Sagesse. Mais, dans la seconde partie tout va se gâter. Il se laisse gagner par la recherche du pouvoir pour le pouvoir, par le goût immodéré du luxe. Ses nombreuses femmes l’attirent vers l’idolâtrie et le détourne du Seigneur son Dieu.  Alors, nous dit l’Ecclésiaste, que restera-t-il des richesses, du faste de son palais, de ses conquêtes féminines ? Rien, du vent et poursuite de vent !

Qohèleth nous rappelle dans cette sorte de prédication musclée, en s’appuyant sur la vie de ce grand roi de l’Ancien Testament, que tout ici-bas est éphémère, provisoire, fugace, passager, dérisoire.

La beauté est éphémère, les plaisirs terrestres sont éphémères tous sans aucune exception, les richesses, la notoriété sont éphémères. Oui tout est vanité !

 Enfin presque tout car une seule chose est nécessaire, la recherche incessante de Dieu. « Recherchez le royaume de Dieu et sa Justice nous dit Jésus et le reste vous sera donné en plus » (Matthieu 6,33) C’est ce qu’avait compris Saint Ignace Loyola que nous avons célébré jeudi. Condamné à l’immobilité après une blessure, il ne trouva à lire pour se distraire que des vies de saints et celle de Notre Seigneur Jésus Christ.

Jésus dans l’Évangile de ce dimanche nous rappelle qu’il n’est pas venu pour traiter des questions d’héritage, de partage entre nous. Il est venu nous désigner le seul héritage qui vaille la peine d’être convoité : « la vie éternelle » !

Alors chers amis, les frères, donnons-nous-en les moyens en profitant peut-être de ce temps de vacances pour nous arrêter et réfléchir. Comme le fit contraint et forcé saint Ignace ! Considérons la brièveté de notre vie et le peu de temps qui nous est offert pour préparer soigneusement notre entrée dans la vie des bienheureux ! Par exemple, pour être concret, pourquoi ne pas décider d’une journée sans portable ? Ou sans télévision ? Décider de lire chaque jour pendant 5 minutes une page d’’Évangile, ou du livre de l’Ecclésiaste…ou deux ou trois psaumes.

Le psaume 89 par exemple, qui sous une forme poétique nous dit exactement la même chose que Qohèleth

« Tu fais retourner l’homme à la poussière…apprends-nous la vraie mesure de nos jours que nos cœurs pénètrent la sagesse » Et cette sagesse nous murmure à l’oreille : « Tu amasses mais qui récoltera ? et encore « À quoi sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme. » « Si vous amassez des richesses n’y mettez pas votre cœur »

Il m’est arrivé deux ou trois fois lors de la célébration d’obsèques, de rencontrer des familles plus préoccupées par l’ouverture du testament chez le notaire que par la préparation de la célébration à l’église. Un peu excédé, j’avoue avoir manqué de charité en leur disant : « On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ». Je ne sais plus de qui est cette citation mais elle est suffisamment explicite pour ceux qui restent imperméable à l’Évangile et veulent ignorer la brièveté de la vie sur terre. Celle-ci est dans la main de Dieu. Souvenons-en !